неделя, 17 септември 2017 г.

Jacques Poulin – Les Grandes marées

J’ai beaucoup aimé ce roman. C’est le premier roman de Poulin que je lis et je vais certainement poursuivre la découverte de son oeuvre. Un style unique, du moins pour mes connaissances, et une imagination libre et riche. Les grandes marées est un roman de la fable et non pas tellement de la langue, à la différence de L’Avalée des avalés, par exemple. Dans ce sens, il s’inscrit dans une tradition caractéristique plutôt du monde anglophone. Ce n’est pas pour rien auel’auteur est bilingue, qu’il a été lui-même traducteur et qu’on le considère comme le plus américain des écrivains québécois.
Sous la simplicité apparente, sous l’extrême dépouillement de l’univers romanesque du début du livre, on découvre tout un embrouillamini de chemins sinueux. Tel une Ying Chen, Poulin est un auteur qui affectionne le mode suggestif et le préfère largement au mode assertif. Ainsi, la fin du roman laisse perplexe – qui est cet homme au fusil qui se tient à l’orée du bois sur l’île où Teddy finit par échouer ? Que veut dire la conversation finale entre Teddy et Marie, et en particulier la « parabole » de la lutte entre le cachalot et le calmar ou bien le poème « africain » que Marie lègue au traducteur ? Que veut dire le titre du roman ? J’ai bien des hypothèses obscures mais je suis incapable  de trancher. De toute façon, ce qui est commun aux images, c’est la sensation de froid, de noir, de glissant, de mouvant. Les grandes marées,  c’est ce qui mine l’ordre, le parfait agencement. C’est la glace qui assassine l’humain et son aspiration à la simplicité, à la chaleur, à la paix.
Il me semble que le roman peut être lu comme une allégorie de la colonisation du Canada. L’île sauvage et paradisiaque, la solitude béate, la vertu ascétique, c’est aussi « un pays merveilleux où tout est à faire », comme le déclare le professeur Mocassin. La société qui prend forme petit à petit sur l’île serait dans ce cas une caricature de la société canadienne contemporaine : une société où tout a une place prescrite d’avance, chacun sa profession, son expertise, peu importe son absurdité ou son inadéquation dans le contexte concret. Ainsi, la traduction est plus ou moins ridiculisée : Teddy voue comiquement un sérieux pédantesque à des ouvrages qui ne le sont point (des bandes dessinées) ; la même observation pourrait être faire à propos de Mocassin ; l’Auteur est absorbé par la modeste ambition d’écrire « le grand roman de l’Amérique », mais son allure ne laisse présager rien de grandiose ; l’Animateur organise des sessions thérapeutiques sans queue ni tête qui prétendent expliquer et régenter le psychisme de tout un chacun, etc. On n’accepte pas la délicatesse d’esprit de Teddy – on ne comprend pas son souci de la perfection, son manque de libido « traditionnel » à l’endroit des femmes, sa gentillesse, son côté passif, etc. Tout bien balancé, on évacue tout ce qui ne peut pas  rentrer dans les cases, tout ce qui échappe à la grille préétablie des professions, des masques sociaux, des costumes théâtraux que tous sont tenus de revêtir. Le caractère futile de ses masques est particulièrement mis en relief par la découverte de la parfaite inutilité du travail de Teddy : il travaille pour rien depuis qu'il s'est établi sur l'île, puisque ses traductions ne sont pas publiées. Tout s’avère une énorme mise en scène, une énorme simulation qui a pour unique vocation le maintien de l’ordre établi, quelque absurde qu’il puisse s’avérer.
La sexualité est un thème discrètement (je dirais timidement) présent tout au long des pages. Cette réticence à le mettre en lumière en accuse le caractère douloureux, traumatique. Le personnage aime bien Marie mais ne souhaite pas (ou ne peux pas) se couler dans le moule des rapports sexuels traditionnels : pendant longtemps il n’a pas de regard sexué sur la jeune fille et, même s’ils finissent par faire l’amour, cela ne conduit pas à la formation d’une véritable liaison, leurs rapports tiennent plus de l’amitié. A la fin, paradoxalement, on assiste à un refroidissement entre les deux protagonistes, Marie s'apprête à quitter l’île et Teddy conjecture que c’est dû à son désir de se trouver un « homme normal ». Plus tôt, le lecteur est autorisé à soupçonner que Marie a couché avec l’Auteur. Cheveux courts, sportive, elle est comparée à un "garçon manqué", ce qui introduit même un doute d'homosexualité insoupçonnée ou inavouée chez Teddy. Tête Heureuse incarne une sexualité consommatrice, une corporalité sans âme, un sourire sans contenu, comme sorti d’une affiche publicitaire. En fait, une opposition, un peu naïve et simpliste d’un point de vue contemporain, entre le poète romantique, sensible, solitaire, et la foule vulgaire, cruelle, amoureuse des cadres fixes et des slogans simplistes, abominant tout ce qui échappe à son éthique rudimentaire, est en place dans le texte. Ceci, en plus de la fin trop rapide, trop schématique, du roman est, je trouve, son seul point faible.
D’autre part, Teddy n’est guère idéalisé par le texte. Car en dépit du fait que sa solitude béate du début du livre peut paraître comme la solution idéale quoique impossible, sa futilité, sa vanité sont bien mises en causes par le récit. L’image du lance-balles (le Prince) magnifié par Teddy, qui fait l’éloge de sa perfection, ridiculise le penchant perfectionniste du traducteur et celui-ci apparaît maintenant comme un misanthrope monomaniaque. Sa fuite rousseauiste de la société corrompue n’est peut-être pas autre chose que le reniement de l’humain, dans son imperfection, dans son abomination même. Si tourner le dos à la corruption des hommes signifie embrasser l’ordre de la machine, alors est-ce véritablement un choix éthique, légitime ? Tout ce qui est vivant est imparfait. La perfection égalerait-elle la mort, l’inanimé ? C’est peut-être le cas, et la scène finale, où Teddy découvre le cadavre tétanisé du gardien de l’île aux Ruaux, en apporte la confirmation. Par ailleurs, l’engourdissement de son bras est une autre matérialisation de sa non-vitalité, de son caractère cadavérique. Teddy est progressivement envahi par le néant. Le métier de traducteur est en soi une métaphore réussie de ce néant, de cet espace intermédiaire, transitoire, inhabitable. Le traducteur habite le nulle part, le non-lieu, rappelant par là l’angoisse et la mauvaise foi sartriennes. Dans Lettres chinoises de Ying Chen, Sassa, traductrice de métier, incarne une métaphore comparable. Etant traducteur moi-même, je suis bien sensible à ce problème, que je comprends parfaitement. J’ai été ébahi de retrouver le même traitement de la figure du traducteur chez Poulin.

En tout cas, c’est une fable extrêmement originale, provocatrice, inhabituelle, riche en connotations. Un de mes romans préférés.

Gaston Miron - L’Homme rapaillé

Il n’est pas chose facile d’écrire sur de la poésie, du moins pour moi qui suis plutôt porté sur la prose. Il est encore moins facile de commenter la poésie d’un des plus grands poètes québécois. Je vais cependant m’y aventurer, à mes risques et périls.
L’Homme rapaillé est un recueil des recueils, un florilège du genre the best of, qui offre une vue d’ensemble sur le cheminement esthétique du poète. Le titre, très bien choisi, résume bien la portée poétique du livre : le québécisme rapaillé accuse le caractère national, le côté terroir de sa poésie tout en suggérant le problème psychologique de base qui structure la poésie mironienne – celui de l’être en manque d’unité, de cohésion interne, de solidité existentielle, de vigueur et de chaleur.
C’est une poésie originale, à tout le moins. Gaston Miron a une voix qui lui est propre, solennelle, laudative, exaltée, parfois douloureuse.  
Des images saisissantes, inattendues, paradoxales et stimulantes pour l’imagination.
La thématique de ses poèmes est presque invariablement la même – premièrement, surtout dans ses premiers poèmes, l’amour, la femme. Les poèmes procèdent d’une interpellation, d’une invocation de la femme. On y flaire une influence symbolico-surréaliste. Dans ses poèmes plus tardifs, la femme est comme remplacée par le pays. Le poète aspire à l’union avec son pays, à une existence pleine, incarnée, vivante et vécue qui s’avère possible uniquement dans un espace, l’espace du pays, du Québec. Ainsi, l’amour et le pays, le personnel et le collectif, le lyrique et l’épique sont réunis au sein d’une même esthétique. Par ailleurs, le recueil inclut son Recours didactique, une collection de plusieurs essais sur la poésie, sur le pays, l’état d’esprit d’opprimé propre au colonisé et les blessures de la colonisation. Dans un de ses essais, où Miron revient sur son vécu de poète, sur son histoire poétique, l’auteur retrace avec beaucoup de netteté son évolution esthétique – d’un poète sentimental vers un poète du pays – qu’il associe étroitement avec l’émergence de la conscience d’être un colonisé, avec toutes les retombées psychologiques et existentielles de cette qualité.
Miron parsème ses textes de vocables québécois – il fait dans le matériau linguistique de son terroir, ce qui lui vaut la gloire d’un poète véritablement, linguistiquement national, le premier de ce genre au Québec.
J’ai trouvé cependant que ses images, certes originales, ont un côté artificiel, mécaniste. On les sent échafaudées, cousues de fil blanc, comme un jeu de mots, comme une expérimentation d’atelier d’écriture. Elles manquent de naturel, d’organique. A des endroits, la recherche du paradoxe, de la nouveauté de l’image se présente comme une fin en soi et la poésie paraît prétentieuse.
Les poèmes d’amour frisent la mièvrerie sentimentale, j’en ressent presque un malaise en les lisant. Il est difficile d’écrire de la poésie sentimentale dans la deuxième moitié du vingtième siècle sans verser dans l'afféterie, la morbidesse. Je préfère de loin ses poèmes tardifs, où le ton est plus posé, les images plus organiques et plus simples.

Voici quelques passages qui m’ont impressionné :


Je m’efforçais de me tenir à égale distance du régionalisme et de l’universalisme abstrait, deux pôles de désincarnation, deux malédictions qui ont pesé constamment sur notre littérature. Y ai-je réussi ? c’est une autre affaire, j’indique une démarche. J’essayais de rejoindre le concret, le quotidien, un langage repossédé et en même temps l’universel. Je reliais la notion d’universel à celle d’identité.

Gaston Miron, Un long chemin


Aujourd’hui, je sais que toute poésie ne peut être que nationale quand elle convient, bien entendu, à l’existence littéraire. Le plus grand poète politique de l’Espagne, c’est Lorca, parce qu’il exprime au plus haut degré le fait d’être espagnol et homme à la fois. La littérature ici, c’est ma conviction, existera collectivement et non plus à l’état individuel, le jour où elle prendra place parmi les littératures nationales, le jour où elle sera québécoise. Elle sera québécoise dans le monde et au monde.
Gaston Miron, Un long chemin


Je dis que la disparition d’un peuple est un crime contre l’humanité, car c’est priver celle-ci d’une manifestation différenciée d’elle-même. Je dis que personne n’a le droit d’entraver la libération d’un peuple qui a pris conscience de lui-même et de son historicité.
Gaston Miron, NOTES SUR LE NONPOÈME ET LE POÈME

   l’amnésie de naissance
Où en suis-je en CECI ? Qu’estce qui se passe en CECI ? Par exemple je suis au carrefour Sainte- Catherine et Papineau, le calendrier marque 1964, c’est un printemps, c’est mai. CECI, figé, avec un murmure de nostalgie, se passe tout aussi bien en 1930 qu’en 1956. Je suis jeune et je suis vieux tout à la fois. Où que je sois, où que je déambule, j’ai le vertige comme un fil à plomb. Je n’ai pas l’air étrange, je suis étranger. Depuis la palpitation la plus basse de ma vie, je sens monter en moi les marées végétales et solaires d’un printemps, celui-ci ou un autre, car tout se perd à perte de sens et de conscience. Tout est sans contours, je deviens myope de moi-même, je deviens ma vie intérieure exclusivement. J’ai la connaissance infime et séculaire de n’appartenir à rien. Je suis suspendu dans le coup de foudre permanent d’un arrêt de mon temps historique, c’est-à-dire d’un temps fait et vécu entre les hommes, qui m’échappe ; je ne ressens plus qu’un temps biologique, dans ma pensée et dans mes veines. Les autres, je les perçois comme un agrégat. Et c’est ainsi depuis des générations que je me désintègre en ombelles soufflées dans la vacuité de mon esprit, tandis qu’un soleil blanc de neige vient tournoyer dans mes yeux de blanche nuit. C’est précisément et singulièrement ici que naît le malaise, qu’affleure le sentiment d’avoir perdu la mémoire. Univers cotonneux. Les mots, méconnaissables, qui flottent à la dérive. Soudain je veux crier. Parfois je veux prendre à la gorge le premier venu pour lui faire avouer qui je suis. Délivrez-moi du crépuscule de ma tête. De la lumière noire, la lumière vacuum. Du monde lisse. Je suis malade d’un cauchemar héréditaire. Je ne me reconnais pas de passé récent. Mon nom est « Amnésique Miron ». 

Le monde est noir puis le monde
est blanc
le monde est blanc puis le
monde est noir
entre deux chaises deux portes
ou chien et loup
un mal de roc diffus rôdant dans
la carcasse
le monde est froid puis le monde
est chaud
le monde est chaud puis le
monde est froid
mémoire sans tain
des années tout seul dans sa tête
homme flou, coeur chavirant,
raison mouvante
comment faire qu’à côté de soi
un homme
porte en son regard le bonheur
physique de sa terre
et dans sa mémoire le
firmament de ses signes
beaucoup n’ont pas su, sont
morts de vacuité
mais ceux-là qui ont vu je vois
par leurs yeux

Gaston Miron, NOTES SUR LE NONPOÈME ET LE POÈME

la dénonciation
Je sais qu’en CECI ma poésie est occultée en moi et dans les miens Je souffre dans ma fonction, poésie Je souffre dans mon matériau, poésie CECI est un processus de décréation CECI est un processus de déréalisation Je dis que pour CECI il n’est pas possible que je sois tout un chacun coupable. Il y a des complicités inavouées. Il n’est pas possible que tout le monde ait raison en même temps. Il y a des coupables précis. Nous ne sommes pas tous coupables de tant de souffrance sourde et minérale dans tous les yeux affairés, la même, grégaire. Nous ne sommes pas tous coupables d’une surdité aussi générale derrière les tympans, la même, grégaire. D’une honte et d’un mépris aussi généralement intériorisés dans le conditionnement, les mêmes, grégaires. Il y a des coupables. Connus et inconnus. En dehors, en dedans. Longtemps je n’ai su mon nom, et qui j’étais, que de l’extérieur. Mon nom est « Pea Soup ». Mon nom est « Pepsi ». Mon nom est « Marmelade ». Mon nom est « Frog ». Mon nom est « dam Canuck ». Mon nom est « speak white ». Mon nom est « dish washer ». Mon nom est « floor sweeper ». Mon nom est « bastard ». Mon nom est « cheap ». Mon nom est « sheep ». Mon nom… Mon nom…

En CECI le poème n’est pas
normal
L’humiliation de ma poésie est
ici
une humiliation ethnique
Pour que tous me voient
dans ma transparence la plus
historique
j’assume, devers le mépris,
ce comment de mon poème
où il s’oppose à CECI, le nonpoème.

La mutilation présente de ma poésie, c’est ma réduction présente à l’explication. En CECI, je suis un poète empêché, ma poésie est latente, car vivant CECI j’échappe au processus historique de la poésie. Dites cela en prose, svp ! You bet !

mais cette brunante dans la pensée
même quand je pense c’est ainsi
par contiguïté, par conglomérat
par mottons de mots
en émergence du peuple
car je suis perdu en lui et avec lui
seul lui dans sa reprise
peut rendre ma parole
intelligible
et légitime


Gaston Miron, NOTES SUR LE NONPOÈME ET LE POÈME


Comment dire ce qui ne peut se confier ? Je n’ai que mon cri existentiel pour m’assumer solidaire de l’expérience d’une situation d’infériorisation collective. Comment dire l’aliénation, cette situation incommunicable ? Comment être moi-même si j’ai le sentiment d’être étranger dans mon objectivité, si celle-ci m’apparaît comme opaque et hostile, et si je n’existe qu’en ma subjectivité ? Il appartient au poème de prendre conscience de cette aliénation, de reconnaître l’homme carence de cette situation. Seul celui-là qui se perçoit comme tel, comme cet homme, peut dire la situation. L’oeuvre du poème, dans ce moment de récupération consciente, est de s’affirmer solidaire dans l’identité. L’affirmation de soi, dans la lutte du poème, est la réponse à la situation qui dissocie, qui sépare le dehors et le dedans. Le poème refait l’homme. 

Gaston Miron, NOTES SUR LE NONPOÈME ET LE POÈME


Errant amour
Ainsi créatures de l’hallucinante dépossession
le brasier roule en mon corps tous les tonnerres
la démence atteint les plus haut gratte-ciel
quels ravages de toi ma belle dans le vide de toi
tant ma peine débonde qu’il n’est plus d’horizon
arquebuses et arcs-en-ciel brûlent mes yeux noyés
ainsi je lutte à rebours contre réel et raison
ainsi je charbonne dans la nostalgie des places
ainsi jusqu’en mes froids les plus nocturnes
avec la folie lunaire qui t’emporte ma belle…

четвъртък, 14 септември 2017 г.

Ваканция в Крапец

През август бях и в Крапец.

Минахме през Варна, където се възмутих на тази табела. Това е табелата на единствената тоалетна на автогарата. Освен простащината, трябва да споменем и факта, че автоматът за монети прави така, че ако сте пуснали монета и някой друг излезе отвътре преди вие да сте влезли, губите парите си. А те са 70 ст. Така че ми се наложи да дам 1,40 лв., за да отида до тоалетна. За сравнение, в Букурещ, в подлеза на метрото, има безплатна и чиста тоалетна.



Добруджа





Село Крапец








Тук се хранехме. Препоръчвам.

















Кметството




Църквата, открита през 2010 г. и неотваряла врати от 1957 г.












Ветровит, намръщен, но красив ден





































































Поля от слънчогледи (и царевици)






























На свечеряване, след буря







На тръгване. В шабленската автогара.




Във Варна, в деня на посещението на Еманюел Макрон.










От летището литнахме към столичния град.














В столичния град се шмугнахме в метро-бърлогата, а тя - празна.