понеделник, 31 юли 2017 г.

Michel Houellebecq - Soumission

Une revue flash, c’est-à-dire très rapide , puisque le temps me fait de plus en plus défaut… 
Ce que j’ai aimé dans le livre : il ose aborder des possibilités que l’on a l’habitude de ne pas prendre au sérieux, il hasarde des présages peu attendus. Par exemple, sa description de l’Etat français musulman est presque rassurante : on se demande de quoi au juste on a si peur. En même temps, le sentiment angoissant s’infiltre en vous, comme dans un film d’épouvante (l’auteur se sert, me semble-t-il de procédés empruntés notamment à ce genre, je dirais même à Stephen King). De ce fait, le lecteur se sent dupé par l’écrivain – il a été induit en erreur par le narrateur, qui l’a simultanément angoissé et rassuré. La hardiesse est donc une vertu de ce livre. L’érudition de l’auteur sur Huysmans est riche, personnelle et présentée d’une façon pertinente et intrigante. Au fait, le roman m’a engagé dans une ample réflexion sur le conservatisme en général, sans forcément me convaincre de quoi que ce soit.
Ce que je n’ai pas aimé : il est vulgairement commercial (toutes les scènes de sexualité pornographique, toutes les mentions de plats, etc.) ; il n’y a pas d’intrigue véritable et le roman prend l’allure d’un roman à thèse voltairien. Le manque de style, de souffle, le caractère exsangue, stérile, presque administratif du discours romanesque ne semblent pas apporter grand-chose à l’esthétique du roman. Au contraire, il est parfois lourd et fastidieux à lire. La narration détachée, neutre, blanche pourrait rappeler celle de Camus dans l’Etranger : comme Meursault, le héros affiche une « honnêteté » jugée indécente, impertinente par la société. Comme lui, il n’est pas sûr de comprendre ses propres penchants. J’avoue que j’ai été légèrement indigné et dégoûté du héros, par son manque de caractère, son manque de position, son côté girouette. C'est peut-être voulu et cette indignation fait partie du geste du texte... qui est peut-être de nous hérisser contre le libéralisme. Si c'est le cas, il a raté son objectif, puisque je reste fidèle à mes idées sociales et politiques (je précise que je ne me considère pas comme un libéral extrême, mais plutôt modéré).

вторник, 18 юли 2017 г.

Frédéric Beigbeder - Mémoires d'un jeune homme dérangé (Marc Marronnier #1)

Un petit livre amusant, frais, prometteur, au souffle jeune et étudiant : c’est le jeune Beigbeder. Je le trouve un peu surchargé de références littéraires et autres, des preuves exubérantes et pas toujours utiles d’une érudition culturelle respectable. Dany Laferrière applique le même procédé dans Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer pour l’abandonner ensuite. Beigbeder en fera autant – ses romans ultérieurs sont d’un style de plus en plus dépouillé. Son expérience en publicité doit y avoir joué sans doute : qu’est-ce que la publicité sinon un tissu de références et d’associations, la civilisation humaine réduite à un slogan, à un clin d’œil, à une image de pop-art.  vrai dire, une semaine après avoir fermé le livre, j’ai presque oublié de quoi il raconte – une preuve que c’est le style et le personnage central – Marc Maronnier – qui anime le récit et pas tellement l’intrigue. C’est un roman d’amour qui part du coup de foudre de Marc pour Anne. Le texte est parsemé d’observations lucides et spirituelles sur la société parisienne, sur les dimensions sociales du monde contemporain, sur la vanité, la futilité, le clinquant, le tape-à-l’œil d’un monde bourgeois absorbé par sa propre fortune, en d’autres mots sur le drame des très riches (qui pleurent aussi). On pourrait pas mal jaser sur ce texte, mais je ne me sens pas d’humeur à le faire. L'art de la phrase de l'auteur, son goût du calembour, son phrasé très propre, noble et précis tout à la fois, en font un écrivain français par excellence. Il est aussi provoquant qu'harmonieux, symétrique, clair, en un mot bien à l'intérieur de la tradition classique française.

събота, 8 юли 2017 г.

Плейлист от началото на лятото

Ето какво слушам напоследък.
Сред парчетата можете да чуете и нещо все още много рядко - българската група "Нормално" с песни от съвсем пресния й първи албум "Метафори".

Anne Hébert - Kamouraska

Kamouraska
Un roman sombre, violent, presque morbide, et en même temps très exigeant envers son lecteur. Je dois reconnaître que la lecture du roman m’a paru particulièrement ardue : j’ai rarement eu affaire à un texte si difficile à aborder, si rébarbatif en quelque sorte. Un effort constant pour comprendre de quoi on parle, de quel moment, de quel lieu, de quel personnage, etc. Bref, se repérer n’est pas chose facile dans cet écrit et il y a fort à parier que ceci n’est pas dû au hasard ou à l’inhabileté de l’autrice. Les analepses, prolepses et pauses narratives sont légion. Le brouillage des repères rationnels semble miner le sang-froid du lecteur pour le précipiter dans le monde effrayant et bousculé de la passion, des sentiments aussi impétueux que pernicieux. L’héroïne principale, Elisabeth, présente d’ailleurs les traits distinctifs de la femme fatale : elle inspire l’amour fou tout en acheminant son amoureux vers sa perte. Et comme chaque figure de femme fatale, celle-ci n’est pas unilatérale mais porte bien à confusion : est-ce une victime de l’ordre social, de l’univers masculin implacable, est-ce une incarnation de la peur de l'homme face à ses propres désirs, face à sa propre étrangeté au monde structuré dont il se croit l'héritier et le pilier ou bien serait-ce une créature diabolique ? Le diabolisme est un motif résolument développé à travers la narration. Voici un exemple :
"Antoine Tassy mérite la mort. Il réclame la mort. Par son silence même. Par son inexplicable absence. Il vous provoque, comme il me provoque. Il veut se perdre et nous perdre avec lui. Ce désir de mort dans ses os depuis toujours. Allez-vous encore (évoquant la détresse d’un enfant blond, miroir de votre propre désespoir) éviter de sacrifier Antoine ? Tourner l’arme contre vous ? Le crime est le même."
Quant à la peinture de la passion à travers le style, celui-ci se fait volontiers expressionniste dans des passages comme celui-ci :
"Si je ferme les yeux, je te retrouve livré aux métamorphoses étranges des mâles et des hommes. Une image, particulièrement, me poursuit. Tu te souviens de ce coq, dans l’écurie, qui avait pris l’habitude de passer la nuit sur le dos de ton cheval ? Un matin, le coq s’est pris les ergots dans la crinière du cheval. Ton cheval se cabre. Se dresse sut ses pattes de derrière. Le coq entrave déploie toute son envergure. Tente de se dégager. A grands coups d’ailes exaspérées. Se débat en vain. Coq et cheval ne forment plus qu’un seul corps fabuleux. Un seul battement, un seul écart d’ailes et de fers. Un seul tumulte, hennissements, et cocoricos, emplissant l’écurie de sa clameur, abattant les cloisons de la stalle. Dans un arrachement de plumes et de crins, de planches cassées et de clous tordus.
Je crie. C’est toi, mon amour, cette fureur ameutée. Coq et cheval emmêlés, c’est toi, toi courant gaiement à l’épouvante et au meurtre. Sur un dangereux chemin de neige."
Certes, la grille féministe ne saurait qu’être la bienvenue dans ce roman, et avec elle tout un paradigme, celui du social. Il est curieux pour moi de découvrir un roman au fond bien romantique (dans le sens historique du terme) qui affiche une écriture très moderne, très mouvementée, très libre. Le romantisme rencontre le modernisme et le réalisme tout d'une pièce, ce qui ne devrait être possible que dans des sociétés comme le Québec. Par ailleurs, le récit est éminemment américain et plus précisément canadien, de par la présente prononcée de l’hiver, de certaines coutumes et réalités. La langue dont se sert Anne Hébert est plus généralement française : il n’y a pas de québécismes comme c’est le cas de Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy, par exemple. Dans son ensemble, j’ai trouvé ce roman trop noir, prétentieux, désagréable et ennuyeux. Au niveau des idées, de la complexité esthétique et de l’imagerie il présente cependant des particularités et des profondeurs qui méritent certainement une analyse plus approfondie.